Conversation avec les éléments, 2020, Vidéo full HD, 14'10''

Faisant étrangement écho à l’actualité, cette exposition pose le paradigme hypothétique nous plongeant dans un monde post-nature. François Feutrie dialogue ici avec une nature qui ne serait plus qu’une possible représentation, une image, un souvenir.

Les pièces présentées résonnent dans l’exposition comme une ode à la confrontation avec les forces telluriques.

« Conversation avec les éléments » est une invitation à la rencontre avec les éléments composant la nature et à l’exploration de la géologie des souvenirs, dans le sens matériologique de ce que la mémoire de la matière évoque ici en strates.

 L’exposition peut être regardée par le prisme de la mémoire, à travers la mémoire humaine, celle des gestes et du langage, la mémoire d’une forme ou d’une matière par la trace qu’elle peut enregistrée et enfin la mémoire photographique d’un flux, d’un fluide, d’une image ou d’un mouvement fixé dans le temps. Les images glissent d’un état à un autre, d’un médium à un autre.

Elles se solidifient en migrant d’une image photographique à une sculpture/image, se liquéfient en une image animée, se subliment en une image sonore et finalement se vaporisent en une image mentale.

 Toutes les pièces présentées ont été spécialement conçues et produites pour l’exposition au cours de la résidence de François Feutrie à 2angles du 3 février au 14 mars 2020.

 

Nous sommes accueillis dans l’exposition par la pièce OK, tout va bien. Cette sculpture murale en béton fait partie d’un ensemble de sept pièces que l’on découvre tout au long du parcours de l’exposition. Ces signes de mains à l’aspect granuleux et primitif, presque comme fossilisés, reprennent des signes de plongée sous-marine. Une personne qui pratique la plongée se trouve en situation d’être démunie de la parole. Pour communiquer, une langue des signes spécifique est adaptée à cette condition sous l’eau.

Les signes de plongée fixés dans le béton nous guident à travers les espaces d’exposition. Ils sont des éléments visuels de langage entrant en discussion avec une des œuvres mise en regard. Ils servent de passerelles de communication entre les pièces présentées et les spectateurs et nous invitent à une plongée au cœur de la matière. Le béton utilisé ici évoque le construit et l’empreinte de l’humain sur son environnement. 

 La pièce Capture d’écran, exposée dans le premier espace est un ensemble de deux éléments, une image imprimée et contrecollée sur un matériau mou en PVC transparent (nappe cristal) et son support d’origine dans lequel elle a été découpée manuellement. L’image réalisée sans trucage numérique et sans logiciel de retouche d’image présente un glissé onctueux de végétaux.

Les lichens et les mousses ont été collectés dans le chaos rocheux des éboulis de La Fosse Arthour, située à une vingtaine de kilomètres de Flers. Cette pièce a été réalisée manuellement en suivant le balayage lumineux d’un scanner. Similaire à une capture d’écran, les lichens et les mousses se retrouvent comme extraits de la vidéo présentée à la fin de l’exposition.

Le signe de plongée en réserve « couper » accentue ce copier-coller. L’aspect volontairement fluide, mou, brillant et transparent de la pièce renvoie à l’idée d’interface, d’écran et de liquidité de l’information numérique.
 

Dans l’espace d’accueil, on poursuit par la pièce Cartographie du magma, qui est l’oxydation d’une feuille de cuivre aux teintes bleutées et vert-de-gris. Les œillets peuvent évoquer les anciennes cartes géographiques. Le regard plonge ici dans un paysage abstrait et peut se perdre dans les méandre de la marbrure crée grâce à un bain de patine.

Devant la borne d’accueil, on se laisse ensuite guider vers la droite dans le second espace d’exposition. 

Se souvenir des forces telluriques de la nature, telle une plongée à travers la représentation d’éléments de nature en mouvement qui se retrouvent ici fixés en image et en sculpture.

Dans cet espace baigné par la lumière que laisse passer la verrière, on observe la danse d’un tissu soufflé par le vent mais, à l’allure fantomatique tâché de vert-de-gris et figé dans le temps. La sculpture murale J’ai froid installée sur le mur à ses côté lui répond en clin d’œil. À l’image d’une serviette abandonnée sur son portant, la pièce Sculpter des cascades, située en plein milieu de l’espace, retranscrit l’évocation de la puissance plastique de l’eau. L’eau change de forme en permanence, elle est par excellence la forme de l’impermanence. La photographie a été prise par l’artiste à Mortain, ville située à une trentaine de kilomètres de Flers où se trouvent deux idylliques cascades.

Nager accrochée au mur invite à aller faire quelques brasses dans l’eau au bas de cette cascade. On découvre ensuite deux peintures intitulées Peindre avec le feu. Le peintre utilise cette fois-ci comme couleurs sur sa palette, les jaunes, roses, oranges, rouges, verts et bleus que lui proposent la diffusion de la chaleur dans un matériau presque photographique qu’est le cuivre et un de ses alliages le laiton.

 On arrive dans le troisième et dernier espace d’exposition accueilli par le signe Décompression.
On « purge sa stab » (gilet stabilisateur, aussi appelé « stab » dans le jargon du plongeur) et on plonge dans la vidéo Conversation avec les éléments. La pièce est rythmée par un langage de mains boueuses communicant des signes (de plongée), par des images de mousses et de lichens au bord de l’eau en mouvement, par des images d’éléments collectés (lichens, rebuts plastiques industriels thermoformés, etc. mis en scène comme dans un laboratoire blanc aseptisé), le tout en plan serré avec une profondeur de champs très courte pour mieux plonger au cœur de la matière. La lecture multipiste de textes ayant accompagnés l’artiste au cours de sa résidence nous fait entrer en connexion avec la nature: La Source, Les rapides et les cascades, Les sinuosités et les remous extraits du recueil Histoire d’un ruisseau, écrit par Élisée Reclus (1830-1905), grand géographe, voyageur et anarchiste, un des précurseurs de l’écologie. Il est l’auteur d’une Géographie universelle. Des poèmes de Sophocle, Arthur Rimbaud (Après le déluge extrait du recueil Illuminations), de Raymond Queneau (extraits de Fendre les flots) et aussi le texte Le Plastique (Mythologies) de Roland Barthes peuvent également se laisser deviner par morceaux ici et là.

 La langue des signes, le langage et la mémoire, la migration des matériaux, la transmission, la conduction, la diffusion sont des notions présentent dans cette exposition. Elles mettent en correspondance une rencontre de l’humain avec le non-humain, avec son environnement. 


Une conversation s’opère entre un des langages humain (signes de plongée sous-marine), les quatre éléments de nature (eau, terre, air, feu) et le langage de la matière et ses différents états (gaz, liquide, solide, plasma).

Conversation avec les éléments 

François Feutrie

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