Bar Parallèle

Rémi Groussin

Crédit photos: Maria Giovanni 

" Il est 21h, le soleil s’éteint. Sa lumière s’évanouit au bout de la rue déserte.
Seul, je m’avance à la recherche d’un bar mais les commerces sont fermés, les boutiques obstruées et les enseignes débranchées.
Je m’attarde devant cette vitrine.
Depuis l’extérieur, il semblerait que rien ne se passe dans cet espace.
Le commerce s’est évaporé ne laissant aucune trace de son activité.
Son absence rend maintenant visible ce qui était alors invisible.
Rampes lumineuses, plafonniers, câbles dénudés et services à liqueur, il ne reste plus que le vide en guise d’architecture intérieure.
Dernier vestige d’ambiances festives, j’aperçois au fond, le contour d’un comptoir.
Beauté intérieure, l’espace s’expose sans se voir.
Seules quelques lumières au plafond, encore allumées, baignent d’un rouge profond cette atmosphère désolée.
Dans mes yeux, le scintillement des néons ravive les persistances rétiniennes d’un bar parallèle.
À travers la vitre, on entend le vrombissement des transformateurs et les claquements du clignoteur.
Les lumières s’allument puis s’éteignent dans une arythmie incontrôlée.
Le lieu s’anime par lui-même et ne semble jamais s’arrêter.
Il communique avec les choses dans un discours amoureux et m’invite à l’intérieur pour entendre ses chants liquoreux. "

Rémi Groussin