Cette
rue, qui commence dans le bas de la place Paulette-Duhalde pour se
terminer à l’entrée
de la rue du Mont-Saint-Michel, porte, depuis 1846, le nom de la famille
qui en a permis l’ouverture en vendant une partie du parc. La famille Schnetz est originaire du canton de Soleure en Suisse. Jean Schnetz (1742-1807), suivant les pas de son frère Victor, vient s’établir à Versailles comme membre de la garde suisse du roi. Son fils, Antoine Schnetz (1778-1844), notaire à Paris, établit le 27 janvier 1806 l’acte de vente du domaine de Flers entre Hyacinthe-Pierre de La Motte-Ango et le comte de Redem. Quelques années plus tard, en 1820, Antoine Schnetz acquiert le domaine avec son associé Me Thirion. Un partage a lieu en 1823 qui donne le château, les terres de Flers et de Messei à Antoine Schnetz, Me Thirion recevant Halouze et Varenne. Antoine Schnetz, installé à FIers, est nommé maire le 31juillet 1821, puis conseiller général du canton, exerçant cette double fonction jusqu’à sa mort en 1844. C’est son fils Philippe (1820-1884) qui vend les terrains permettant l’urbanisation le long de la rue des Prés (rue Richard-Lenoir) et ceux où est percée la rue Schnetz en 1845 en remplacement du chemin de La Chapelle-Biche. Cette opération ampute le parc de la moitié de sa superficie: le Grand-Rond disparaît et la grande avenue du parc perd sa belle perspective. Plus tard, en 1863, le parc est encore fortement diminué au moment de l’installation du chemin de fer qui coupe aussi le grand étang en deux. Philippe Schnetz est élu membre du conseil général en 1848 dont il devient vice-président. Ses mandats successifs au conseil général jusqu’en 1884 lui permettent de jouer un rôle décisif dans le choix de Flers comme gare sur la ligne Paris-Granville, l’implantation de la Banque de France, l’installation de la Chambre de commerce. Il est aussi à l’origine de création de la Société de Secours mutuels.
Cette rue n’ayant pas été touchée par les bombardements, elle permet de comprendre ce que pouvait être Flers au début du 20e siècle avec, en majorité, des maisons de construction modeste où des porches de faible hauteur desservaient des cours sombres. Le Courrier de Flers du 5 juillet1908 nous apprend même que « cette semaine, M. le commissaire a fait enlever des fumiers et des... cochons qui se pavanaient dans les cours et aromatisaient l’air de troublante façon ».
La visite de la rue commence côté impair. Au n° 7, l’épicerie Fleury, qui a gardé la même façade depuis trois générations est la plus ancienne épicerie de FIers; elle a été créée vers 1911. Elle continue d’approvisionner le quartier et on y trouve encore des galoches et sabots de bois qui ont toujours fait sa réputation. ( Aujourd'hui fermée ) Au n° 7 bis vivait la famille Guérin dont le père était charcutier. Son enseigne représentait un cochon en pleurs auquel une enfant disait « Pleure pas grosse bête! Tu vas à la charcuterie Guérin ». Au soir du 6 juin 1944, les Guérin et leurs enfants se réfugient dans la crypte de l’église Saint-Germain qui sert d’abri. C’est là que Georges Guérin est tué par les bombes et que son fils aîné, André, est mortellement blessé. Un
peu plus loin au n° 11, se situent les locaux de l’ancienne
teinturerie Blouin, dont les ateliers donnaient sur la Vère.
Maurice Blouin est arrivé en 1939 à la suite de M. Sallé.
Ce dernier avait imaginé le slogan publicitaire Deuil en huit
heures pour la teinture des vêtements en noir. La corderie Gauquelin était installée dans la cour du n° 21. Quant aux ateliers, ils se situaient dans l’actuelle rue du Mont-Saint-Michel, en face du centre commercial. En 1900, la corderie obtint une médaille d’or à l’Exposition universelle. Le magasin déménage au n° 102 rue de Domfront à la fin du 20e siècle. On peut découvrir, entre les numéros 17 et 25, un groupe de maisons, construites au toumant des 19e et 20e siècles, et dont l’architecture, utilisant brique et pierre, se différencie des maisons voisines. Au n° 39 sont installées les Assedic, après avoir été rue Richard-Lenoir. À cet emplacement se situaient les entrepôts des établissements Bailleul transporteurs.C’est un Bailleul, Jacques, qui fonde à Tinchebray une maison de roulage. En 1864, François et Léopold (1843-1926), fils du précédent, créent à Flers, rue Schnetz, une autre maison. Les fils de Léopold, Octave (1876-1926) et Victor (1881-1959), prennent la suite avec la raison sociale Bailleul Frères. En 1922, l’importante entreprise se scinde en deux branches: l’affaire d'Octave Bailleul reste rue Schnetz et Victor Bailleul s’installe rue Victor-Hugo (voir détails à ce nom). Puis une quatrième génération de Bailleul roule à bord de gros camions jaunes (Léopold et Félix, fils d’Octave) et de camions verts (René et François, fils de Victor).Victor Bailleul, le mari de Louise Bailleul la poétesse, se plaisait à raconter l’époque où tous les transports se faisaient à l’aide de gros chevaux percherons ou boulonnais. L'écurie de la rue Schnetz en comptait 42. La remise abritait 80 véhicules de toutes sortes: tombereaux, fardiers, voitures de déménagement, fourragères, diables, voitures de mariages... Et quelle animation extraordinaire, au point du jour entre 1864 et 1920. Les transports Bailleul ont été très liés à l’industrie du textile flérien, se chargeant d’acheminer la matière première puis les produits finis ainsi que le charbon nécessaire aux chaudières à vapeur des usines. C’était un va-et-vient incessant entre la gare, les ateliers, les usines et les grands bureaux de la Société Générale des Filatures et Tissages de Flers. . René Bailleul se porte acquéreur de la maison située face aux entrepôts, au n° 20, et construite à la fin du 19éme siècle. Au n° 47, une belle maison fait l’angle avec la rue de la Motte-Ango. A l’arrière on découvre une curieuse pièce en encorbellement à ossature bois parfaitement conservée. Cette demeure abritait les entrepôts de vins et spiritueux des Etablissements Théodore Billot. Au
n° 49, au même
carrefour, un bar possède sur sa façade une niche portant
une petite vierge entourée de deux anges. Côté pair,
après le passage sur la Vère,
au n° 4, se trouve la Maison de Gros, vaisselle en tout genre, équipement
des ménages. Ce magasin célèbre était
tenu par M. Gamier-Servinière, de Chanu, l’un des gendres
du joumaliste Emile Dron et qui fut l’une des personnes à l’origine
de la Mi-carême de Flers. Aux n° 28 et n° 30, cette cour conserve ses pavés usés par le passage des voitures à chevaux. Au n° 32, on remarque une pompe à bras demeurée en l’état. Au
n° 50 se situent
des garages et le n° 54 correspond à l’ancienne
cour de la boulangerie Gérault Dans
la seconde partie de la rue, après le pont, au n°89,
et à l’angle avec la rue Durrmeyer (n° 2),
se trouvait l’entreprise d’Eugène Née (1906-1987).
Jusqu’à l’âge de 17 ans, il avait travaillé avec
son père
qui possédait une entreprise de galoche rue des Rochettes. Avant
la guerre, l’actuel n°95 était occupé par
des jardins ouvriers. Vers 1945-1946, ils laissent la place à un
dépôt
de bois et grumes, puis de négoce de panneaux agglomérés
de la scierie Bourdin. Aujourd’hui,
l’emplacement correspond à une entreprise d’éclairage
public et industriel. Qui
se souvient encore du dancing Le Robinson où les amateurs
de danse venaient au 111, rue Schnetz valser sur des airs dispensés
par un accordéon mécanique qu’il fallait remonter.
Installé dans une grande baraque, derrière le chalet
qui existe toujours, ce dancing ouvre en 1938 sous la direction de
M. Chambreland mais doit cesser son activité pendant l’Occupation.
II ferme définitivement dans les années 1950. Au
n° 90, un ancien atelier de confection e été transformé en
salle du Royaume des Témoins de Jéhovah. En
face du n° 94, on remarque la cité batie en
1930-1931 par la SNCF qui présente un projet de lotissement
comprenant 8 maisons de bois. Le conseil émet alors le
voeu que les maisons soient en pierre et non en bois. Il n’en
est pas tenu compte et ce sont des baraquements qui abritent
les cheminots et leur famille. La cité est alors surnommée
Cité des
nègres car les mécaniciens et chauffeurs de locomotives à vapeur
rentraient de leur service avec le visage et les
mains noires. Au fond Lie la cour se situait la
briqueterie Chaudeurge (voir
rue du Parc).
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Extrait du livre:
"Flers à tous les coins de rue"
Edité par Flers-Promotion
Médiathèque et archives du Pays de Flers
Dépôt légal : Novembre 2006
ISBN 2-9506053-4-6