Marine Bouilloud







La couleur en mouvement, la peinture absolument
«
La peinture n’a toujours peint qu’elle-même et rien de plus. » Gerhard
Richter
L’exposition que présente Marine Bouilloud dans le cadre des
Transitives N°4 au centre de création contemporaine 2angles constitue
une étape importante dans le parcours de cette jeune artiste. Plus que
le fruit d’une résidence, cette exposition marque l’aboutissement
d’une longue période de recherche sur la peinture comme médium
unique pour investir un espace à travers le graphisme et la couleur.
Installation à part entière, elle se compose d’une série
de panneaux sur médium, d’une pièce murale formée
de six estampes sérigraphiées et encadrées sous verre,
et de tableaux-objets aux tranches peintes dans la continuité des
motifs visibles sur leur face. L’immersion dans un univers de formes
abstraites inspirées de motifs présents dans l’architecture
arabe ou andalouse, ou encore de fractales ; le plongeon dans un bain
de couleurs ; l’interaction par le biais de jeux d’optiques
stimulent l’oeil du spectateur. La vision oscille entre l’équilibre
de la composition géométrique et le désordre engendré par
la vibration d’un paysage d’images rémanentes.
Vermillons
claquants, bleus électrisants s’entrechoquent et se
répondent dans des contrastes simultanés, rythmés par
des noirs profonds, perçus comme autant de plages de respiration, de
temps de pause, dans un bouillonnement de tonalités chromatiques. Ce
dispositif pictural, balisé par les titres qui accompagnent les œuvres
(Vertigo, Moirage, Horizon, Abri) - encourage une expérience rétinienne
saisissante, et procure des sensations physiques. Puissance de la couleur,
force de la forme, précision de la ligne : Marine Bouilloud compose
une partition graphique. Elle donne le tempo d’une musicalité plastique
qui résonne comme une invitation à la déambulation dans
l’infinitude de la peinture.
Au vu des différentes séries qui jalonnent son parcours, cette
installation pourrait évoquer un tournant, une rupture dans une démarche
privilégiant jusque-là un type de représentation à tendance
narrative pour aborder des sujets en prise avec l’actualité.
Si cette fois le langage de l’abstraction l’emporte, c’est
pour mieux explorer, dans un travail méthodique, les possibilités
formelles offertes par la peinture.
Il se dégage de sa démarche une unité dans la diversité. La prégnance des contrastes colorés, le recours à la citation, au collage, le choix de titres comme clés de lecture constituent la marque d’un style distinctif qui puise sa richesse dans un dialogue engagé avec l’histoire de l’art. De la relecture du genre de la vanité, à des pastiches d’œuvres du Moyen Age et de la Renaissance, en passant par l’influence d’une iconographie rock, son travail tente de lier la pertinence de la référence aux moyens mis en œuvre pour la questionner. Dans cette installation picturale, Marine Bouilloud convoque l’art optique et invite l’œil du spectateur à un voyage aux frontières d’un nouveau champ de vision, de perception et de sensations : entre vertige et stabilité.
Laure Faÿ