Jean François Karst





Le travail de Jean-François Karst aborde les questions de la représentation,
de l’imitation et de la transformation des matériaux. Dans son
travail, il est aussi souvent question de perception et de déplacement
des corps. Habituellement, Jean-François Karst utilise la peinture pour
ses fortes propriétés de mimétisme avec d’autres
matériaux. Pour l’exposition Réactif #3, il a réalisé une
série d’antennes paraboliques en céramique. Attiré par
la définition aristotélicienne de la transformation de la matière
ainsi que par l’histoire ornementale du matériau, il s’est
appliqué à façonner minutieusement la terre pour former
les divers éléments qui composent une antenne parabolique.
En étroite relation avec la thématique « urbanisme et /
ou mixité culturelle » de la résidence proposée
par 2angles, sa proposition émane avant tout d’un constat. Alors
que nous sortons à peine d’une vision moderniste de l’architecture
visant à simplifier et uniformiser les constructions, les antennes paraboliques
interfèrent visuellement avec l’extrême aridité formelle
de certains bâtiments. Bien que leur usage ne soit pas décoratif,
les antennes satellite modifient directement l’apparence des façades.
Toutefois, les règles d’urbanisme peuvent être extrêmement
strictes : un des exemples les plus connus est l’obligation de couleurs
spécifiques pour les revêtements de façade, les fenêtres
ou les volets.
Si une loi impose la présence d’une antenne parabolique collective
pour les constructions récentes, une autre loi, fondamentale celle-ci,
garantit la liberté de chacun à disposer du droit à l’information
et à la réception audiovisuelle. Ainsi, en France, l’accrochage
d’une antenne de moins d’un mètre de diamètre ne
peut être interdite. Jean-François Karst a utilisé cette
faille législative comme amorce, un prétexte, pour déployer
une série fac-similé d’antennes dans les rues de Flers.
Les antennes paraboliques apparues dans les années 80 n’ont a
priori qu’une très faible charge historique ou symbolique, mais
elles ont une fonction : celle de capter un signal. Au final, elles sont un
des rares rajouts que les règles d’urbanisme n’ont pas réussi à empêcher.
Jean-François Karst soulève ici la question de la liberté d’agir
sur cet élément qui fait l’interface entre le public et
le privé : la façade. Il ne se contente pas de prélever
un élément et d’en faire une réplique. En accrochant
ses paraboles dans les rues, il cherche à appréhender différemment
le rapport à l’action artistique dans l’espace public. À l’opposé d’une
approche monumentale, événementielle ou de l’accaparation
par l’artiste de l’espace public, sa démarche est quasi
indécelable. Dans l’espace public qui, par définition,
appartient à tout le monde, la moindre intervention, qu’elle soit
artistique architecturale ou simplement ornementale repose toujours sur un
hypothétique consensus.