Boris Chouvellon



Boris Chouvellon, sculpteur de chevalet
Un siècle et demi après l’apparition de la peinture en
plein air, les sculptures de chevalet de Boris Chouvellon sont une réponse
du berger à la bergère. Déjà, la peinture sur le
motif avait été rendue possible par l’industrialisation
(l’innovation des couleurs en tube) et en périphérie urbaine
(la forêt de Fontainebleau, autour de Barbizon). S’emparer des
armes de l’adversaire est, depuis l’âge d’or de la
Chevalerie, un des moyens ou des buts du combat, mais il ne faut surtout pas
adopter sa stratégie, préciseront Clausewitz et Debord. Si Boris
Chouvellon dérive dans les espaces péri-urbains à la recherche
de matériaux industriels à rapporter à l’atelier
comme des trophées modestes pour élaborer ses sculptures vernaculaires,
ce n’est certes pas en vue de célébrer au premier degré la
beauté des marges du capitalisme moderne, mais bien pour se les réapproprier,
les arracher à l’ennemi.
Plusieurs des oeuvres qu’il a réalisées lors de sa résidence
flérienne évoquent ainsi l’univers de la « protection »,
cette notion que, de plus en plus, on cherche à substituer à celle
autrement explicite de « surveillance » (par exemple quand elle
est accolée à « vidéo ») ; Boris Chouvellon
utilise les corsets d’arbres, les bardages métalliques ou les
barrières de béton pour construire des micro-architectures domestiques à la « Sam’suffit ».
Flers était assurément un champ bâti sur mesure, puisque
son nom viendrait de « friche », et que la cité a été détruite
aux quatre-cinquièmes par les bombardements des 7 et 8 juin 1944. D’ailleurs,
la photographie « Sans titre », 2011, de Boris Chouvellon figure
des cloisons métalliques modulaires qui, assemblées et vues du
dessus, forment le dessin d’une croix gammée. Or ces cloisons
portant tablettes servent, peut-être, à construire des isoloirs.
Puissantes images des démocraties.
Opposer au tragique de l’histoire, mais aussi au désespoir de
l’époque présente, des solutions formelles à la
fois pauvres et spectaculaires, efficaces et polysémiques, est la manière
que le sculpteur de chevalet Boris Chouvellon a choisi pour résister,
dans l’urgence, aux absurdités les plus criantes du « front
de mort » de nos néo-démocraties de placoplâtre.
Cette tendance marquée par l’espièglerie et une grande élégance,
mais également un brin de torpeur triste, réunit certains des
plus remarquables artistes français d’aujourd’hui. Aux côtés
de Boris Chouvellon, je citerais pour ma part Simon Nicaise ou Stéphane
Vigny qui, eux aussi, allient une grande lucidité à des gestes-peu,
pour reprendre la terminologie adoptée par Boris Achour.
Stéphane Corréard