Christophe Bisson

 

 

Christophe Bisson, vit et travaille à Caen. De formation philosophique, il se consacre à la peinture et au film documentaire. Il est l’auteur de deux films : White Horse (USA, 2007), sélectionné en 2008 au Festival international de Berlin et au Cinéma du Réel, centre Pompidou; La jeune fille et la mort –un voyage à Tchernobyl (France, 2008).
«  J'ai grand plaisir à revoir l'ami Christophe Bisson, qui me fait visiter l'exposition où quarante de ses œuvres s'offrent au regard des étudiants du campus III de Caen. Parmi elles, je découvre enfin les huit grandes toiles qu'il a consacrées au sarcophage, dont deux peintes au retour de notre expédition. Il me fait visiter ensuite son atelier, où quelques portraits de Kafka happent immédiatement mon attention. Je me souviens du débat qui l'opposa à Kiev à Henri-Pierre Jeudy. Il m'apparaît que Christophe a résolu la quadrature du cercle. Il a réussi à représenter l'irreprésentable. Victor Hugo disait: "la forme, c'est lorsque le fond monte à la surface." Chez le peintre Bisson, le philosophe toujours affleure, sans en rien tuer l'émotion. Il y a dans ses toiles coalescence du fond et de la forme, sans pour autant que la distinction s'efface. L'artiste, traditionnellement, élimine toute trace du processus qui a conduit à l'œuvre achevée. Christophe Bisson, au contraire, laisse tout voir de sa lutte avec la matière: la concrétude de celle-ci, son épaisseur, son opacité heurtent le regard. La forme, du coup, disparaît dans le moment même de son apparition, comme happée par ce fond qui la réclame. C'est la traduction de ce que nous avons vécu auprès du sarcophage: nous voyions un cercueil de béton, mais c'est l'invisible qu'il abritait et qui, peut-être, voulait s'en échapper pour venir à notre rencontre, qui nous fascinait. »

Jean-Pierre Dupuy : Retour de Tchernobyl : Journal d’un homme en colère, Seuil, 2006