Francis Limérat

SCRIPTO SENSU

 

Après avoir construit, arrimé, Francis Limérat s'est laissé peu à peu gagner par l'imprévu et le jeu subtil de l'aléatoire dans la composition. C'est une écriture très singulière qu'il nous donne à déchiffrer, une écriture du sensible et de l'errance qu'il nous invite à parcourir. Nulle entrée privilégiée. Il faut se laisser porter par l'air qui circule entre les lignes et passer du dessin à l'ombre portée sur le mur sans se soucier des prétendues limites entre les figures et leurs ombres. Francis Limérat est-il peintre, sculpteur, dessinateur, architecte ? Son œuvre est difficile à classer. Relève-t-elle seulement des arts dits plastiques ou visuels ? Ne s'agit-il pas également d'œuvres musicales, dont les compositions s'organisent sur des portées ? Une trame, un carroyage ou un châssis, badigeonné de blanc, supporte, sous-tend la composition, réaffirmant la place du dessin, l'importance de la structure, l'impératif de rigueur qui précède et prépare la liberté de l'œuvre à venir.

De fines baguettes de bois teinté dessinent des courbes et des contre-courbes, assouplissent le dessin, l'infléchissent. La composition se joue dans cette tension. Des lignes sortent parfois du cadre ou du champ.

Quel est le matériau de Francis Limérat ? Du bois, certes, mais aussi du vide , de l'air, mais encore l'ombre portée sur le mur, comme dédoublement du dessin, attendri en quelque sorte, adouci. C'est un jeu sur les espaces et les limites, les tensions d'une ligne, d'une courbe : jusqu'où plier le trait sans en rompre l'énergie ? Ces lignes tendues tiennent ensemble la composition. Structures arachnéennes soulignées par leurs ombres portées. On pense à des cartographies, des flux, des circulations. On pourrait y voir, par exemple, le réseau de plomb d'un vitrail. L'œuvre se prêterait volontiers à cette forme d'exploration, on imagine le jeu subtil du plomb jouant avec les différentes qualités de verres- blancs, transparents, sablés…… L'esprit et l'œil vagabondent, musardent à leur guise. Le dessin nous conduit loin dans une exploration intime. Il y a adéquation entre ces cartographies et nos paysages imaginaires. La quête ne poursuit aucun but précis. C'est une déambulation pure, pour le plaisir d'avancer dans le monde, légers, comme l'œuvre débarrassée de tout ce qui peut parfois l'encombrer : le souci de ne rien oublier, la crainte de s'égarer. Une œuvre libérée d'un poids qui nous invite à la rejoindre dans cette liberté retrouvée : habiter enfin un espace plein de vide.

Olivier Delavallade ,critique d'art et commissaire d'exposition

site personnel : Francis Limérat

 

 

 

 

Coordonnées doubles 2002

 

 

 

Claire Voie n°175, 2006

 

 

Post 1-2-3, 2007/ 2008

 

 

 

 

Libre voie n°5, 2006

 

 

 

 

 

 

Crazy line, 2008

 

 

 

 

Crazy line, 2008 (détail)

 

 

 

Encre sur papier, 2007

 

 

 

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Francis Limérat, mémoires en promenade (1975-2006)

Cabinet d'arts graphiques du musée des Beaux-Arts de Caen du 9 février au 31 mars 2008.