Benoît MITRECEY

site: www.benoit-mitrecey.com

 

En choisissant l’autoportrait – le "Soi", créateur d’expériences spirituelles – comme sujet de prédilection, l’artiste prend l’outil photographique comme étant l’instrument miroir de sa propre image. Il ne dépend pas d’autres modèles mais il engendre une infinité de personnages en partant d’un seul et il décortique les codes visuels de ceux qui précisément se fabriquent une image à travers par exemple d’une mode vestimentaire, un style musical, un mode de vie particulier, une philosophie comportementale. L’artiste pris en tant que modèle unique cherche à décliner et multiplier différentes plastiques physiques. C’est une volonté de témoigner d’une recherche identitaire par le biais d’une démarche absurde, d’une tentative narcissique.

C’est également le moyen de se jouer du "Moi" en étudiant diverses expressions traduites à la fois sociologiquement et physiquement. Benoit Mitrecey associe ce questionnement identitaire à la volonté de mettre en évidence une différence physique ou autre et à déformer pour inhiber totalement le sujet dans un décor neutre et identique. En proposant une galerie de portraits, personnages stéréotypés, reconnaissables par des attributs, des expressions, des postures, l’artiste suggère parfois la position sociale, parfois les sentiments, parfois le caractère, entrevus dans chaque individu. Il se moque de la constatation que les hommes, bien que différents, ont des données fluctuantes et distinctes d’un individu à un autre. Le photographe-plasticien établit une mise en relation de l'image réelle (la copie du personnage) et de l'image symbolique (ce que l'on croit savoir du personnage, ce que suggère son apparence). Le portrait est un outil cognitif et mnémonique. Il permet à un acteur de s’investir dans un rôle en accentuant les traits et les mimiques imputables au personnage à incarner. Ces autoportraits déclinables à l’infini sont remplacés au fur à mesure de la réflexion plastique par un type de personnages outranciers, hideux, et caricaturaux. Benoît Mitrecey émet une nouvelle définition de la laideur suggérée par un traitement numérique en disgraciant ses propres traits.

Alors que le sens commun s’évertue à redéfinir les canons d’une beauté idéale, le plasticien, quant à lui, procède d’une démarche opposée. L’auto portraitiste remet en question le procédé anthropométrique inventé par Bertillon qui visait à accorder une identification immuable des individus, appliquée dans le cadre judiciaire. L’artiste, ici, reprend systématiquement et répétitivement les mêmes formats, cadrages, fonds identique, les positions (essentiellement de face) : il est assis sur une chaise, regarde très précisément l'objectif, et est soumis à l’œil photographique pour être ensuite remanié et décliné à l’infini. Le cadrage d’un plan assez large coupe le corps à la taille et centre l'attention sur le visage, accentuant l'expression naturelle du modèle par la posture, le maintien volontaire, parfois ridiculisant.

 

Marie France GROUSSARD

 

Photographies

 

 

 

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