Isabelle MAAREK
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...Ces photographies, parfaitement insolites, nous permettent de reconnaître plus ou moins un village appelé Cambremer, avec ses magasins, ses habitants, ses façades. Mais on perçoit en même temps un écart. On sent que ce n'est pas ça, qu'il s'est passé quelque chose d'étrange. Les photographies sont pourtant suspendues dans le lieu même qu'elles représentent, près de telle façade dont elles offrent l'image. Et justement, elles ne le représentent pas, n'en sont pas vraiment l'image. Elles sont en décalage. Exactement comme si l'artiste avait rêvé Cambremer, retrouvant quelques fragments de façades ou de visages bien réels, mais redisposés, retravaillés par le rêve qui recompose, nous plonge dans l'inquiétante étrangeté, déréalise, de sorte que la mémoire des lieux les associe à bien d'autres choses, à des sensations, ses évènements, des personnes différentes, qui s'y relient et s'en détachent pour laisser parler l'imaginaire du rêveur, son histoire. Il est passionnant d'écouter Isabelle nous raconter comment elle a rêvé de Cambremer, comme elle l'a photographié puis a constitué des maquettes à partir de ses photographies, puis rephotographié ces maquettes légèrement infidèles, retravaillées, recomposant un lieu qui n'existe plus vraiment mais devient une image autonome. …C'est dans cet espace qu'Isabelle Maarek voyage et nous invite à nous risquer, dans un mouvement un peu vertigineux, qui donne l'impression du roulis à terre, comme d'une ivresse persistante, avec ce léger malaise d'autant plus incompréhensible qu'on croyait justement avoir les pieds sur terre. C'est une magnifique interrogation sur le réalisme et la représentation, on pense aux villages de Flaubert, si étranges malgré la description pointilleuse, si loin - si près, venus de l'imaginaire d'un artiste. ... Dominique Chancé, 13 août 2002
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