Par quoi commencer ?

je me dis en moi-même : commence par ce qui est le plus facile, cela pourra t'encourager, ensuite ne va pas trop vite, tu pourrais faire des bétises et surtout, laisse bien sécher les couleurs. Après, tu pourrais peut-être essayer de mettre du bleu clair en haut puis du jaune.

Mais le bleu n'est pas trop bleu et le jaune pas assez clair. Continuons donc avec du vert et du rouge. Répétons cette opération 5 fois, 10 fois, 30 fois,...

La couleur est déconstructive. Plus on avance dans l'élaboration du tableau, moins on comprend où l'on veut en venir. Science ou virtuosité picturale sont assez peu utiles. Les étapes du travail interrogent d'autre étapes précédentes et sont soutenues par l'espérance de réussir et dans finir au plus vite. Pratiquer la peinture est le meilleur moyen pour arriver à comprendre le processus visuel. Les complexités qu'il renferme sont à l'intérieur même de cette discipline la plus savante mais elle donnent des réponses approximatives. D'où le travail permanent, des réussites partielles ou bien un résultat sans équivoque qui ne doit rien à la volonté.

Le principe du tableau appartient à la tradition occidentale. L'originalité de cette culture est d'avoir produit un objet symbolique assez pertinent pour donner une impression d'histoire spécifique. Un peintre est quelqu'un qui est spécialiste en tableaux, d'autres sont spécialistes en commentaires de tableaux, d'autres encore les achètent et les revendent. Le tableau n'est pas une denrée perissable, son extrême mobilité fait qu'on le trouve en quantité et partout. Il finit par perdre toute signification. La culture hors sol est une particularité agricole de notre époque. La démarche de la production de l'art contemporain lui ressemble en ce qu'elle se génère sur 30 ans de mémoire et d'expériences et crée des objets de communication, drôles, rapides, mais dérisoires.

Texte de Jean-Pierre Pincemin, catalogue d'exposition, Centre d'Arts Plastiques - Royan, 2003

 

 

 

   

 

JEAN-PIERRE PINCEMIN